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30 septembre 2026
Chemin de Fer Charlevoix : les dirigeants invitent les médias sur le terrain pour clarifier la réalité de l’infrastructure.
Dans le cadre du débat entourant le projet du comité du Sentier de la Rive, qui souhaite aménager une piste cyclable en coexistence avec le train sur le chemin de fer d’intérêt local (CFIL), la direction du Chemin de Fer Charlevoix a invité les médias régionaux à une visite guidée sur son réseau. L’objectif était d’illustrer la dualité entre la vision du comité et la réalité technique du terrain.
La visite a démarré à 8 h depuis l’atelier ferroviaire de Baie-Saint-Paul, situé au 104, rue Sainte-Anne. Les journalistes ont pris place à bord d’un camion rail-route adapté pour effectuer le trajet entre Baie-Saint-Paul et La Malbaie, guidés par M. David Blair, président du Chemin de Fer Charlevoix, et Mme Nancy Belley, directrice générale.
Au cours de l’entretien, M. Blair est d’abord revenu sur les raisons de cette invitation :
« On voulait vous montrer, les journalistes de la région, qu’est-ce que c’est un chemin de fer. Parce qu’on voit les rails occasionnellement dans nos vies […], mais c’est beaucoup plus que juste un train puis des rails. C’est une infrastructure très importante, il y a des gens qui travaillent là-dessus, il y a un travail d’entretien très important, particulièrement le Chemin de Fer de Charlevoix qui longe la côte. Alors ça ajoute aux défis. »
Concernant le débat public et la proposition du comité du Sentier de la Rive, M. Blair a tenu à recadrer les origines de la discussion :
« Au début, le projet du Sentier de la Rive nous a approchés, on est devenus partenaires pour une piste multifonctionnelle, mais de cohabitation avec le chemin de fer. Et nous, la minute que j’en ai entendu parler, j’ai dit : oui, on supporte ça, c’est une très bonne idée. »
Il s’est ainsi dit bien partant à réaliser les désirs du comité, mais à deux conditions indispensables :
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La sécurité lors du fonctionnement du train, incluant le respect de tous les règlements et lois qui en découlent :
« Première condition : la sécurité. Il ne faut pas qu’il y ait un risque sécuritaire pour l’opération du chemin de fer avec l’opération du chemin de fer par rapport aux usagers du réseau cyclable. Alors il faut qu’il soit conçu et bâti de façon à ne pas compromettre une sécurité parfaite. »
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L’avenir du développement du chemin de fer :
« Deuxièmement, ça ne pouvait pas empêcher l’opération et le développement du chemin de fer, les activités ferroviaires. »
Toutefois, la réalité géographique et financière est rapidement venue compliquer le projet de cohabitation :
« Ce qui est arrivé, c’est que quand on a fait faire les évaluations et les études, on a réalisé que le coût de faire ça en cohabitation… Vous avez vu aujourd’hui, la falaise descend, il manque d’espace, on ne peut pas avoir deux emprises une à côté de l’autre, ce n’est pas possible. L’idée, c’est qu’ils construisaient une sorte de plateforme sur la falaise où passer les vélos… Mais comme coût, c’était faramineux. Là, les gens ont réalisé que la seule façon de faire ce projet-là, c’est d’arracher le chemin de fer puis faire une piste sur l’emprise du chemin de fer. »
Le président du Chemin de Fer Charlevoix déplore la tournure prise par le débat public :
« On a passé d’un partenariat à un duel dans l’espace public avec beaucoup de fausses informations. C’est devenu noir et blanc, l’un contre l’autre, et c’est une très mauvaise discussion pour le public. Parce que si vous demandez à n’importe qui « aimeriez-vous une piste cyclable le long du fleuve? », tout le monde va dire oui! Mais il faut savoir qu’est-ce que ça implique et c’est quoi le vrai coût. »
De son côté, la directrice générale, Mme Nancy Belley, a soulevé plusieurs interrogations et réserves fondamentales quant aux défis pratiques et sécuritaires d’un tel projet pour les usagers :
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Cohabitation et sécurité des usagers : Mme Belley se questionnait directement sur la faisabilité au quotidien : comment cela se passerait-il concrètement pour un marcheur, un cycliste ou une maman avec son bébé en poussette? Elle rappelle la réalité du terrain en ces termes : une piste multifonctionnelle, c’est bien beau en théorie, mais combien cela coûte-t-il réellement ? Ce territoire complexe, il faut le connaître, l’analyser, le comprendre et le vivre, surtout quand survient une urgence, avec la falaise au-dessus de la tête, le fleuve aux pieds et des vagues qui passent par-dessus la voie — une situation où elle lance un « bonne chance » explicite.
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Réglementation et passages à niveau : elle comprenait mal comment le public circulant sur une éventuelle piste cyclable s’intégrerait aux nombreux passages à niveau tout en respectant l’ensemble de la réglementation et des lois ferroviaires en vigueur.
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Isolement et secours : le long trajet isolé pose le problème de l’impossibilité d’obtenir du secours immédiat ou de trouver des points de sortie en cas d’urgence.
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Présence de la faune et géologie fragile : Mme Belley a souligné la présence de la faune sauvage pouvant surprendre des usagers dépourvus de moyens de protection, ainsi que la nature fragile des sols composant la falaise. Les zones argileuses subissent de l’érosion où la terre s’effrite et glisse sur la voie, représentant des risques réels.
À l’inverse, Mme Belley a rappelé que la présence du train constitue en soi un élément de sécurité sur ce corridor. Par le passé, le train s’est arrêté à plusieurs reprises pour secourir des kayakistes en difficulté le long du rivage afin de les ramener en zone sécurisée, ou pour intervenir rapidement lors d’incendies déclarés à proximité de la voie ferrée. Mme Belley a d’ailleurs souligné que lors du terrible accident survenu aux Éboulements en 1997 dans la côte, ce sont les équipements du Chemin de Fer Charlevoix qui avaient prêté main-forte et aidé lors des opérations de secours. Pour la directrice générale, il est clair et net que le train joue un rôle d’assistance crucial dans cette zone isolée.
Les dirigeants ont rappelé les contraintes d’infrastructures majeures sur ce réseau privé de près de 150 kilomètres (92,2 milles) entre Québec et Clermont :
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34 ponts ;
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2 tunnels ;
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Près de 900 ponceaux ;
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125 passages à niveau.
Outre la configuration des structures, l’environnement physique exige des interventions constantes. Dans le secteur de Cap-Corbeau, une faille dominante attire particulièrement l’attention en raison de l’écoulement des eaux qu’il faut surveiller de près, nécessitant un entretien permanent des fossés le long de la voie. Si cette faille est marquante, il en existe plusieurs autres semblables le long du tracé. De plus, là où la voie longe des berges surplombant le fleuve de plus de 30 pieds, un enrochement permanent est requis contre les vagues. M. Blair s’interroge d’ailleurs sur l’entretien si la voie venait à disparaître :
« L’entretien de cette emprise-là, s’il n’y a plus de chemin de fer, comment on va faire pour l’entretien? Comment on va faire l’enrochement pour empêcher que le fleuve vienne grugé? Ce n’est pas avec un vélo qu’on va faire l’enrochement. »
Au-delà de ces contraintes techniques, l’esprit global défendu par la direction est très clair : les responsables sont fortement en faveur du retour du train de marchandises, une option qu’ils jugent beaucoup plus favorable pour le développement économique et la pérennité de l’infrastructure ferroviaire.
Quant à l’idée d’un démantèlement de la voie ferrée, M. Blair a apporté une clarification très ferme sur la situation actuelle :
« Le Chemin de Fer de Charlevoix est actif, c’est une compagnie privée, il faut que ça fonctionne. Le démantèlement d’un chemin de fer, ce n’est pas quelque chose qui se fait du jour au lendemain. C’est un processus réglementaire compliqué, c’est un processus financier. Le démantèlement, c’est la dernière option après que toute autre option possible ait été recherchée. Et on n’est pas du tout là. »
Cette tournée sur les rails aura ainsi permis d’exposer clairement l’écart et les enjeux majeurs de sécurité entre la faisabilité sur le terrain et la volonté du comité du Sentier de la Rive d’y implanter une piste cyclable.
Entrevue avec M. David Blair, président du Chemin de Fer Charlevoix.
