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27 août 2026
Symposium de Baie-Saint-Paul : le long voyage de la maison mobile jaune de Clara Cousineau.
Installée sur la rue Sainte-Anne dans le cadre du Symposium d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, une habitation au jaune aveuglant ne passe pas inaperçue. Entièrement peinte, du plancher au plafond, à l’extérieur comme à l’intérieur, cette structure mobile transformée en sculpture habitée raconte le périple poétique de l’artiste multidisciplinaire Clara Cousineau et la mémoire d’un lieu habité pendant 60 ans.
Héritage familial et seconde vie
Au départ, l’édifice avait une tout autre fonction. Érigée il y a une soixantaine d’années au bout de la grève Leclerc, dans le secteur de Notre-Dame-des-Neiges près de Cacouna et Rivière-du-Loup, cette petite maison appartenait au frère de l’artiste, un pêcheur d’oursins.
« Il a habité la maison pendant trois ans, il a fait plusieurs saisons de pêche dedans », se rappelle Clara Cousineau. Alors que son frère projetait de reconstruire et que se posait la question de la démolition de ce bâtiment vieillissant, l’artiste y a vu une occasion de création singulière.
« Moi, il sait que je travaille avec des objets trouvés, récupérés, que je modifie et où je joue avec la symbolique. Alors il m’a dit : “Clara, si tu veux, tu peux aller à la maison et faire ce que tu veux avec. Fais-toi une résidence, je te la donne !”», raconte-t-elle avec le sourire.
Pour l’artiste, cette période transitoire s’est révélée particulièrement féconde : « Je trouvais ça hyper fertile, ce bâtiment qui allait être démoli… Il y avait l’idée de la perte, de l’oubli, et de toute l’histoire qu’il y a eu dans cette maison-là, installée depuis 60 ans. »
Un jaune vif pour inverser les regards
Afin d’extraire la maison de son ancrage territorial d’origine, Clara Cousineau a choisi d’appliquer un traitement chromatique radical : peindre la structure dans un jaune vif éclatant. Elle y a également percé une ouverture spécifique, créant ainsi un « dispositif d’observation » muni d’une caméra enregistrant chaque déplacement.
« En faisant ce voyage-là, son statut et sa fonction viennent un peu changer. C’est comme si la maison devient une résidence, une sculpture, une installation », explique l’artiste. Ce geste artistique vient aussi bousculer la perspective habituelle : « La caméra filme tout le déplacement. C’est comme si les rôles s’inversaient et que c’est elle qui devient le personnage qui regarde. Elle a été habitée pendant 60 ans par des familles, et là, c’est à son tour d’habiter le monde et de le regarder à travers cette petite ouverture-là. C’est son œil sur le monde. »
Entrevue avec Clara Cousineau.
Une performance au long cours à travers le Saint-Laurent
Plus qu’une simple exposition, ce projet constitue une « longue performance » s’étalant sur plusieurs étapes géographiques et maritimes.
Après une première halte et une exposition dans un centre d’art à Trois-Pistoles, la maison jaune a entamé son périple vers Charlevoix. Pour traverser le fleuve Saint-Laurent, l’œuvre a voyagé sur le traversier reliant Trois-Pistoles aux Escoumins, une traversée importante pour la démarche de documentation de l’artiste : « Je tenais à la mettre sur un petit bateau. On avait un contact avec le capitaine qui a été hyper aidant, il nous a fait une super belle place sur le bateau et on a pu filmer des scènes. » La structure a ensuite poursuivi son chemin entre Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac avant d’arriver à Baie-Saint-Paul.
Une halte à Baie-Saint-Paul avant la métropole
Pendant sa résidence d’une semaine au Symposium de Baie-Saint-Paul, le lieu-sculpture sert à la fois d’espace d’échange avec les visiteurs, de lieu de résidence et de plateau pour la réalisation d’un court-métrage vidéo.
Mi-septembre, la maison jaune reprendra la route en direction de Montréal pour y être installée dans une galerie d’art. Quant à la fin ultime de ce voyage, l’artiste laisse la porte ouverte à la suite des événements : « Je ne connais pas encore l’aboutissement final de la maison. Est-ce qu’on va la démolir pour de bon, la donner à quelqu’un, ou trouver une personne intéressée à la reprendre sur le chemin ? À suivre ! »
Clin d’œil baie-saint-paulois
En observant cette éclatante habitation jaune posée au cœur du village, il est bien difficile pour les gens d’ici de ne pas avoir une pensée pour le regretté Maxime Pellerin. Surnommé affectueusement « Maxime le Jaune », cette figure inoubliable de Baie-Saint-Paul a longtemps sillonné la ville vêtu de jaune sur sa bicyclette jaune, et faisait même sensation sur la glace de l’aréna locale chaussé de ses patins jaunes. Un bien beau clin d’œil involontaire à la mémoire de cette personnalité marquante de la communauté, que tout le monde connaissait si bien. En tous cas, cette demeure aurait été parfaite pour lui.
